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Nanoparticules : le plastique devient intelligent

Cap'Ouest rend les plastiques intelligents. Cette jeune entreprise, créée à Marzan (Morbihan), donne dans le minuscule : au millième de micron.

Ils sont beaux comme des sorbets, les granulés de Cap'Ouest, avec des couleurs bien appétissantes. Sauf que ces granulés de plastique ne sont pas vraiment comestibles  ­ ça viendra peut-être ­ pour le moment. Ils sont surtout intelligents. « Du sur mesure, explique Bruno Le Gentil, le jeune PDG de l'entreprise créée voilà trois ans. Chaque client veut sa couleur et un additif compatible avec le plastique qu'il utilise. » Pas simple, car il existe des centaines et des centaines de polymères, aux caractéristiques différentes (résistance aux UV, toxicologie, environnement, etc.).
Le bel essort de la plasturgie à l'Ouest a convaincu Bruno Le Gentil, ingénieur chimiste formé dans la « plastique vallée » d'Annecy, de venir faire son trou à Marzan. Moins d'une dizaine d'entreprises similaires travaillent en France, la plupart concentrées dans la vallée  du Rhône ou à Paris. Gagné : six  salariés, un chiffre d'affaires de 750 000 € l'an dernier, plus d'un million cette année. Ses clients vont de l'agroalimentaire au cosmétique, en passant par le BTP, l'électricité, l'électronique, etc. C'est que le travail de Cap'Ouest ne se limite pas aux pigements. « Avec des additifs, on peut radicalement modifier les caractéristiques du plastique. » Le stabiliser contre les UV, pour les piscines ; l'ignifuger, pour l'électricité ; le priver de ses métaux lourds, pour répondre à telle norme sanitaire ou environnementale.
Substitut du plomb
Mieux. Cap'Ouest s'est mis à l'interface entre la recherche et l'industrie. Bruno le Gentil collabore ainsi avec l'équipe de L2Pic, à l'université de Lorient, pour tester l'industrialisation « de biopolymères. Avec eux, nous allons pouvoir réaliser des sacs en amidon biodégradables ». Les essais sont en cours. De même, avec Olmix à Bréhat, Bruno le Gentil travaille sur les algues vertes.
Plus fort encore, Cap'Ouest vient de réaliser du plastique aussi lourd que du plomb ! L'intérêt est multiple. Ce plastique, qui n'a pas la  toxicité du plomb, permet de « remplacer le dosimètre des radiologues, puisqu'il a les mêmes propriétés radioprotectrices ». Ou encore de se substituer à ces petites masselottes, pincées sur la jante, avec lesquelles le garagiste équilibre vos pneus de voiture. Jusqu'à présent, ces masses étaient en plomb ou en zamac, très polluants ; désormais elles seront faites d'un plastique qui a la même densité. Avantage, le plastique est non-polluant ; inconvénient, il coûte trois fois plus cher, « mais est recyclable ».
C'est d'ailleurs l'atout majeur de toute la plasturgie : la « recyclabilité » des plastiques, leur parfaite substitution aux métaux (dont le prix explose…), sont des arguments de poids à l'heure du développement durable.
Mais le plastique, lui-même, n'est-il pas menacé par la raréfaction du pétrole ? « Pas du tout, rétorque Bruno Le Gentil. Il n'y a  pas que le pétrole. Nous travaillons sur les biopolymères,  sur les polymères végétaux, les algues, etc. »
Autant de pistes d'avenir. D'ailleurs Cap'Ouest travaille beaucoup, actuellement, « sur le bois ». Qui est, mais oui, « un bon substitut au plastique ».

Article de Christophe VIOLETTE paru dans Ouest-France du 13 Mars 2007 - Ouest-France, tous droits de reproduction réservés



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