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Au bord de l'eau, Siepel mesure les ondes

Les entreprises de la Région. Pour faire de la technologie sensible, Siepel a choisi la Trinité-sur-Mer. Superbe isolement et qualité de vie assurés. Ce qui ne va pas, toutefois, sans inconvénients …

« Tu verras, c'est la boîte de James Bond… », glisse-t-on dans le pays. La réputation fait sourire Christophe Cordès, le jeune (42 ans) président de Siepel. Pourtant, ce n'est pas totalement faux : loin des regards trop curieux, son entreprise développe un savoir-faire très pointu. Siepel, spécialiste des chambres à absorption électromagnétique, n'a guère que six concurrents dans le monde. Autant dire que son activité (6,5 millions d'euros cette année) est largement tournée (à 45 %) vers l'exportation. Une trentaine de pays, Europe de l'Ouest et Asie, dont l'Inde, la Corée du sud et la Chine, où Siepel débute, mais « sur la pointe des pieds », freine Christophe Cordès.
Siepel y vend des moyens d'essai qui permettent de tester les matériels. Tous les matériels. Du téléphone portable à l'hélicoptère gros porteur, du nez-radar d'avion de chasse au dernier-né du tracteur bulgare. Car, pour répondre aux normes internationales, tout doit ainsi être testé. L'électronique est omniprésente dans notre environnement, nous baignons désormais dans les ondes électromagnétiques : « Une voiture c'est aujourd'hui un tiers d'électronique. »

Chambres anéchoïdes

Chacun de ses composants émet des ondes. Mais, dans l'autre sens, le câblage peut réagir comme une antenne et venir perturber ces composants. Moralité : pour qu'il soit homologué, il faut fourrer l'appareil (ou le véhicule) au complet dans une enceinte étanche (une chambre anéchoïde). Là-dedans, il est bombardé de hautes fréquences, histoire de voir comment il réagit. Il est, à l'inverse, « également testé pour voir s'il en émet lui-même ».
Concevoir et construire ces chambres très particulières, de toutes tailles, c'est, en vulgarisant à gros traits, le métier de Siepel. « Pour tout le monde. » Schneider, Airbus, ADS, Thales, la DGA, France Telecom, Sagem, Delphi, PSA, etc. Parmi ces clients, bien sûr, l'armement. Il s'agit là de haute technologie nécessairement très discrète. Car de telles chambres peuvent servir à définir la signature radar d'un objet (SER, surface équivalent radar). Ou encore à mesurer le rayonnement d'un pylône GSM (sujet très polémique).
Vingt ans après sa création, Siepel a ainsi fait la démonstration qu'il est possible de mener une entreprise pointue, tout là-bas, au bord de l'eau, à la Trinité. Même si cela ne va pas sans quelques petits inconvénients. Les jeunes ingénieurs ne rechignent pas à venir travailler dans un tel cadre, sauf que la pression foncière les fait vite reculer : « Se loger ici, trouver un emploi pour le conjoint, est un vrai problème. »
Autre souci : la capacité hôtelière, « nous recevons des clients du monde entier… difficile de les loger correctement ». De même pour les liaisons aériennes : « Air France a supprimé la rotation quotidienne entre Lann Bihoué et Roissy. Ça nous fait perdre au moins deux jours par semaine. »
Pour autant, pas question de quitter le Morbihan. En quatre ans, l'effectif s'est accru d'un tiers : 50 salariés aujourd'hui, dont une quinzaine de cadres, ingénieurs et techniciens. Mieux, dans les semaines qui viennent, Siepel va rénover et étendre ses ateliers (5 000 m2). Avec une priorité : l'innovation. « Nous y sommes condamnés, nous ne pourrons jamais être compétitifs pour les prix ».
D'autant moins que les concurrents commencent à s'implanter sur place, en Asie, zone dollar où l'euro fort s'avère très pénalisant…

Article de Christophe VIOLETTE paru dans Ouest-France du 30 janvier 2007 - Ouest-France, tous droits de reproduction réservés



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